Bamako, 8 octobre 2026. Comment financer durablement l'apprentissage et l'éducation des adultes dans un pays où près de deux adultes sur trois n'ont pas acquis les compétences de base en lecture, écriture et calcul ? C'est la question qu'a posée le Forum national sur le financement de l'apprentissage et de l'éducation des adultes (AEA), organisé par DVV International en partenariat avec le Ministère de l'Éducation nationale, dans le cadre du projet SSF-Mali. Le Forum a réuni 60 participants à l'Hôtel Maeva Palace : responsables publics, élus locaux, partenaires techniques et financiers, chercheurs et praticiens.
Un sous-secteur indispensable, mais sous-financé
Le constat est partagé : l'éducation des adultes reste le parent pauvre des budgets éducatifs. Le Mali n'atteint pas encore le seuil de 3 % du budget de l'éducation consacré à l'alphabétisation des adultes, recommandé par la Conférence régionale africaine de Bamako en 2007. Le sous-secteur demeure par ailleurs largement dépendant de partenaires extérieurs, alors même que l'aide internationale diminue.
Pour le représentant de l'UNESCO, le Dr Ibrahima Abdoul Hayou Cissé, l'éducation non formelle n'est pas une seconde chance : pour beaucoup, « c'est la seule chance ». Il a rappelé que le financement est le premier levier du droit à apprendre tout au long de la vie. Mais l'argent ne suffit pas sans formateurs qualifiés : « l'école commence d'abord par un enseignant bien formé ».
Panel 1 : Repenser l'architecture du financement
Le premier panel a cartographié les sources de financement : budget de l'État, collectivités territoriales, partenaires techniques et financiers, communautés. Il a débattu de trois scénarios pour un mécanisme national dédié. Le Dr Seydou Cissé a présenté un levier encore peu exploré au Mali : les instruments de la finance islamique, notamment le waqf et les guichets de la Banque islamique de développement. De son côté, l'UNESCO a plaidé pour combiner plusieurs instruments : bons de formation, comptes individuels d'apprentissage, incitations fiscales. Elle a aussi insisté pour faire de l'équité un critère d'allocation, car le financement, mal ciblé, tend à creuser les écarts entre femmes et hommes et entre villes et campagnes.
Panel 2 : Quand les communes montrent la voie
Le second panel a donné la parole au terrain. L'expérience de la commune de Kourouma a marqué les esprits. Depuis 2009, la commune a bâti un Centre d'Éducation Communautaire qui associe alphabétisation, formation professionnelle et activités génératrices de revenus : transformation du manioc et du soja, maraîchage, embouche. Résultats : 300 apprenants formés, dont plus de 95 % de femmes, et plus de 27 millions de FCFA de retombées économiques locales. La commune présente même son budget communal en bambara, une innovation qui renforce la transparence et la participation citoyenne. Selon les termes du témoignage, le centre est devenu « presque un modèle de développement local ».
La leçon est claire : les populations investissent dans l'alphabétisation lorsqu'elles en perçoivent un impact direct sur leurs revenus.
Une question ouverte : les ressources transférées aux communes
Le Forum a aussi mis en lumière une question centrale : celle des ressources que l'État transfère aux collectivités territoriales. Selon les maires, ce transfert est effectif, mais sa mobilisation reste lente, et aucune ligne n'y est réservée à l'éducation des adultes. L'enjeu n'est donc pas seulement le volume des fonds disponibles. Il s'agit aussi de leur affectation : l'alphabétisation doit trouver sa place dans les plans de développement et les budgets communaux.
Les recommandations clés
- Créer un Fonds national dédié à l'alphabétisation et à l'éducation non formelle.
- Renforcer la contribution budgétaire de l'État et l'engagement des collectivités territoriales.
- Explorer les mécanismes de la finance islamique au bénéfice de l'éducation non formelle.
- Mettre en place un système de suivi des flux financiers, de la source jusqu'aux centres.
- Capitaliser et diffuser les expériences communales réussies, comme celle de Kourouma.
Et maintenant ?
Les participants ont appelé à l'élaboration concertée d'une feuille de route nationale sur le financement durable de l'éducation des adultes. Le message du Forum est sans ambiguïté : investir dans l'éducation des adultes n'est pas une charge budgétaire, c'est un investissement à fort rendement social et économique. Le chemin est tracé ; il reste à le parcourir ensemble.
Mamadou Tiori Diarra, Rapporteur général du Forum